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Les passantes; Antoine Pol (1888-1971)

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu’on connaît à peine,
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais.

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde, à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui.

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin

Qu’on est le seul à comprendre

Et qu’on laisse pourtant descendre

Sans avoir effleuré sa main

 

Strophe supprimée par Georges Brassens

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n’est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui vivant des heures grises
Près d’un être trop différent,
Vous ont, inutile folie
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant.

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain ;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre,
Aux coeurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu’on n’a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir.

in http://www.regiscampin.fr/album-1638150.html

in http://www.regiscampin.fr/album-1638150.html

Antoine POL est né à Douai le 23 août 1888. Il est mort à Seine Port le 21 juin 1971. Capitaine d’artillerie, il combat pendant la guerre de 14-18, il devient industriel et ce n’est qu’à sa retraite, en 1959, qu’il se consacra pleinement à la poésie.

Georges Brassens déniche ce poème dans un marché aux puces en 1947, poème tiré des "Emotions poétiques", qu'Antoine Pol écrivit en 1913. Assez vite, il essaye de retrouver l'auteur, mais lorsqu'enfin, il le trouve, celui-ci est mort depuis un an. Il chantera ce texte pour la première fois à Bobino en 1972. Maxime Leforestier interprêtera une version dans laquelle il remet la strophe que Brassens avait enlevé.

C'est en regardant le film de Christian Vincent, L'Hermine avec Fabrice Luchini que j'ai eu envie de partager ce merveilleux poème comme lui, le partage avec la fille de Ditte.

Tag(s) : #Poémes d'ici et d'ailleurs