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Ed La Table Roude, 1998

Ed La Table Roude, 1998

Résumé

 

J’ai découvert, Richard Wright (1908-1960), au cours de mes lectures à la recherche de la définition du haïku, auteur avant tout d’ouvrages retraçant sa vie de noir dans une Amérique ségrégationniste. Durant les derniers mois de sa vie,  cet écrivain et journaliste noir américain profondément engagé dans la lutte contre le racisme et l’oppression, composa quelques 4000 haïkus issus de l'observation, du rapport de l'homme ou de l'animal à la nature. Il les passa tous au crible, comme il dit, et tenta, sans succès d’en faire publier 817 mais ce n’est qu’en 1998, trente-huit ans après sa mort, qu’ils parurent aux Etats-Unis sous ce titre.

La fille de Richard Wright décrit, dans la préface, la passion de son père pour ce genre poétique qui semble si loin de ses préoccupations littéraires et politiques, mais qui l’a peut-être aidé à rester en phase jusqu’à sa mort avec la naissance de mouvement pour les droits de l'Homme.

 

On ne le voyait jamais sans sa collection de haïkus sous le bras. Il les écrivait n’importe où, à toute heure : alité […] ; dans des cafés ou des restaurants où il comptait les syllabes sur des serviettes ; à la campagne dans une résidence d’écrivains…p 6

 

Richard Wright sitting on a sofa, Lido, Venice, 1950. (Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images)

Richard Wright sitting on a sofa, Lido, Venice, 1950. (Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images)

Mon avis

Richard Wright est l’écrivain noir le plus connu des Etats-Unis. Il a débuté juste avant la guerre avec un volume de nouvelles. Native Son (1940) le rendit aussitôt célèbre. Un peu plus tard, son autobiographie, Black Boy, fut un succès mondial.   En 1947, il s’établit en France pour échapper aux poursuites fédérales. Il côtoie alors Sartre et Camus.

Dans ce recueil de toute beauté, le lecteur se promène dans l’univers poétique de Richard Wright. L’auteur montre à quel point l’écriture de ce court poème touche à l’universalité et à travers ces petits instantanés, on l'approche dans son intimité. Richard Wright suit le rythme syllabique du haïku japonais et respecte kigo (mot de saison) et kireji (césure). Leur lecture est donc facile et bucolique.

Il est difficile de traduire de la poésie, d’autant plus les haïku se caractérisent par leur forme brève, rigoureuse et contraignante. Mais plutôt que la traduction littérale, Patrick Blanche a choisi de respecter la forme du haïku sans excéder, autant que faire ce peut, les dix-sept syllabes, sachant que l’anglais permet des contractions particulièrement délicates à retranscrire en français. La Table Ronde en propose une version bilingue.

Richard Wright fait partie de ces auteurs dont je n'avais jamais entendu parler et je n'avais pas imaginé lire de la poésie et encore moins de la poésie en anglais. Il s'agit là d'un moment de lecture qui fait du bien, qui permet de s'évader dans un univers à la fois simple et profond.

 

Je suis un être humain avant d'être un Américain ; je suis un être humain avant d'être un Noir et si je traite des problèmes raciaux, c'est parce que ces problèmes ont été créés sans mon consentement, sans ma permission. Je suis opposé à toute définition raciale.

Richard Wright

N° 346

Throughout the spring night,

The intermittent hooting

Of an owl in the rain

 

Nuit printanière,

Et par moment hulule

Un hibou sous la pluie

 

N° 469

The spring flood waters

Lap slowly at the doorsteps-

A radiant moon.

 

Les crues de printemps

Lèchent lentement les seuils –

La lune rayonne.

 

N° 595

Two white butterflies

Fluttering over green grass:

One goes east, one west.

 

Deux papillons blancs

Voletant sur l'herbe verte -

L'un à l'est, l'autre à l'ouest.

 

Tag(s) : #Hai-coup de coeur, #Iri's reading