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Ed Albin Michel, 2019

Ed Albin Michel, 2019

Résumé

Une affiche signalant un avis de recherche, et un Nathan qui reconnaît le vieillard signalé disparu il y a plusieurs mois nommé Gavril, voila les ingrédients de ce joli conte de Sophie Germain.

Gavril (forme populaire de "Gabriel") est un saltimbanque, un amoureux des mots et de la vie, plutôt déambulateur que marcheur, musicien-poète, merveilleux personnage de conte. Nathan le rencontre par hasard, un jour de grand ennui, un jour ordinaire pour ce garçon timide et bègue, à qui l’on ne s’adresse pas. C'est une figure fantasque et bienveillante qui extirpe Nathan de sa morosité, lui redonne l'assurance et l'affection dont il était privé. Dans son sillage il decouvre la poésie et l'imaginaire. Mais Gavril disparait. Nathan, alors jeune adulte, reprend sa vie insipide. Trente ans plus tard, Nathan, le croyant mort, part à sa recherche.  Leur amitié  avait été rompue brutalement ce qui  avait plongé Nathan dans la culpabilité.
Qui était vraiment Gavril cet homme au grand cœur marqué par des stigmates dont il ne parlait jamais ? Nathan va remonter le fil des années  pour assembler les pièces du puzzle et mettre des mots sur les silences.  

On entend
venir du futur
les voix ds poètes disparus

et mème si
personne n’espère
comprendre ce qu'ils disent
nous les entendons tous
et sentons suppurer en nous
(comme la résine dans le tronc
des arbres blessés)
l'espoir oublié

Ana Blandiana (p 208)

Mon avis

Sylvie Germain nous emporte sur les pas de Nathan et Gavril et nous parle de périodes sombres mais aussi de renaissance, d'amitié et de beauté.

A travers cette histoire d’amitié entre le poète et l'enfant, l’auteur  tisse des pistes de réflexion que chacun investira en fonction de sa sensibilité : de quoi se construit un individu ? Quelle est la place de la littérature, de la poésie et plus généralement du langage dans la vie ? Comment être présent à soi-même et aux autres quand on n'a pas été regardé ?
Je pourrais lire Sylvie Germain rien que
pour son écriture subtile, discrète et poétique. Des phrases qui donnent envie de les lire à voix haute, des mots choisis avec une telle justesse que j'en reste béate. Certains passages sont juste parfaits !

Un roman/conte intelligent et fin servi par une écriture délicate, un très beau moment de lecture. 

Prison de Jilava (Roumanie) in https://romaniadacia.wordpress.com/2015/12/01/communist-prisons/

Prison de Jilava (Roumanie) in https://romaniadacia.wordpress.com/2015/12/01/communist-prisons/

Extraits

Végéter dans un hôpital chaussé de pantoufles de feutre à carreaux, il y a en effet d quoi déprimer au point de prendre la poudre d’escampette. p15

Il déambulait dans la ville comme dans un livre, il la feuilletait dans tous les sens. Il considérait en effet les villes l’égal de livres débrochés, aux pages éparses mais gravitant autour d’un axe invisible lentement dessiné par l’Histoire au fil des siècles. p34

Bruno l’avait déçue, il s’était révélé mesquin, acrimonieux, borné ; un crétin ordinaire qui se montre charmant tant que tout va bien, que sa vie est huilée, qu’il dispose à sa guise de tout ce qu’il désire, mais qui vire au roquet dés que survient un imprévu fâcheux et que l’on porte atteinte à ses biens, à son confort et à ses principes. p187

Son nom s’évanouissait dans l’air du temps qui va comme s’effaçaient les phrases et les dessins griffonnés a la hâte par les anciens détenus, sur les murs rongés par le salpêtre. p 196

in https://www.enviedecrire.com/les-secrets-decrivain-de-sylvie-germain/

in https://www.enviedecrire.com/les-secrets-decrivain-de-sylvie-germain/

Tag(s) : #Iri's reading