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Ed. Seuil, janvier 2021

Ed. Seuil, janvier 2021

J’ai hésité longtemps avant d’acquérir ce livre très, très médiatique parce que je n’aime les témoignages à charge et que je ne voulais être voyeuse. J’ai cédé aux arguments très positifs de ma libraire préférée. Aucune photo dans ce post par soucis de discrétion et de respect des acteurs de ce drame. 

Certains diront que tu fais partie de cette « génération »-là. Moi, je crois plutôt que tu fais partie de ces « gens »-là.

Camille Kouchner à sa mère, page 203

Résumé

La familia grande, c’est l’histoire d’une famille et surtout d’une famille « merveilleuse », avec tous les clichés du bonheur moderne et libertaire, d’étés merveilleux, d’enfances passées dans la vaste demeure du Var. L’atmosphère post soixante-huitarde de la famille est à la liberté et l’originalité : les sœurs Pisier, Evelyne et Marie-France, et leur frère Gilles, sont élevés par Paula leur mère. Plus tard, Evelyne épouse Bernard Kouchner, 3 enfants naissent de cette union : Camille, l’auteure, Victor, son jumeau et Colin. Puis c’est la séparation et Olivier Duhamel entre dans leur vie, une vie à la fois douce et plombée par un douloureux secret de famille.  Mais La Familia grande est soudée, très soudée…

Être à la hauteur des histoires de cul de sa mère, de sa tante et de sa grand-mère…plus qu’une gageure ! la liberté ?

page 39

Mon avis

Je ne vais pas revenir sur l’inceste et les dégâts familiaux que cela provoque mais juste sur mon ressenti à la lecture de ce livre témoignage. Ni voyeur, ni vulgaire, sa principale qualité est de décrire le difficile parcours non seulement de la personne agressée mais également celui de ses proches, ainsi que le poids du secret et la destruction des liens familiaux. Au-delà de la souffrance, il s’agit ici d’un témoignage émouvant sur la culpabilité de l’auteure qui l’a empêchée de parler, de dénoncer, de se libérer de la promesse faite. Et ce, pendant de longues années.

Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau-père, de ne pas avoir compris que l'inceste est interdit.

page 124

Avec des chapitres courts et un style incisif (ou plutôt des pensées posées sur du papier, ses pensées), une lecture très agréable, Camille Kouchner offre un témoignage sur un univers familial où les enfants ne sont pas protégés au nom d’une pseudo liberté, un univers familial qui maintient les apparences. Ce livre est pour l’auteur surement un moyen de libérer ses doutes, ses peurs et de faire entendre sa parole si longtemps tue. C’est un témoignage essentiel face au silence qui plombe immanquablement l’ambiance familiale. Et en refermant La familia grande, je ne peux pas m'empêcher de penser au terrible gâchis provoqué par cette famille qui avait au départ toutes les cartes en mains.

Sans doute une délivrance pour son auteure, ce livre apparaît comme étant nécessaire pour mettre en lumière l'inceste et le poids du secret.

En parler, c'est prévenir, en parler c'est briser un tabou, en parler c'est protéger...

Regarde-moi, maman. C'est pour toutes les victimes que j'écris, celles, si nombreuses, que l'on n'évoque jamais parce qu'on ne sait pas les regarder.

page 204

Tag(s) : #Iri's reading