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Mourir pour des idées, d'accord...

Lorsque j’ai appris l’attaque de Charlie Hebdo, j’étais au boulot, dans un couloir de l’hôpital où je bosse. Je n’y ai pas cru !  Charlie hebdo, pour moi, c’était une blague, encore une  provocation, encore une caricature…. Puis de retour at home,  j’ai tout de même mis la télé, Canal et là j’ai vu… non,  j’ai réalisé, j’ai vu les images, j’ai vu les caricaturistes que je ne connais que de nom comme beaucoup d’entre nous.

Une vague d’horreur, d’incompréhension, une envie de vomir s’est emparée de moi.

Et, je suis restée bloquée sur les chaînes d’informations pendant de longs moments sans pouvoir rien faire d’autre. Je n’ai pas pu m’occuper de la maison, j’ai bu un thé. L’atmosphère était pesante. J’ai pleuré, dans mon canapé. Très vite, j’ai pensé à mes enfants, à mon amoureux, à mes amis, à mes amies, à mes collègues musulmans. Je  ne comprenais pas.

Scotchée devant Itélé, couchée, BFM en continu…

Et puis, le lendemain, dans mon service, jour de deuil national. Dans les couloirs, des murmures, des discours : le sujet est sur toutes les lèvres.

J’ai la boule au ventre, comme mes collègues, j’ai parlé avec mes agents, parlé de censure, de liberté de penser et de s’exprimer. J’ai parlé de l’importance de lire et de comprendre. J’ai parlé de l’importance d’en parler à nos jeunes (j’ai 8 jeunes adultes). J’ai parlé de l’importance de ne pas faire l’amalgame, le terrorisme de Daesh n'a rien à voir avec la religion musulmane.

J’ai demandé que tous mes agents soient présents à la minute de silence organisée par le chef d’établissement.

Alors dans ce billet, je veux vous parler de ce que je ressens.

Je suis sidérée parce que des innocents sont morts assassinés. Je ressens, bien sur, un sentiment de compassion pour les familles des victimes et je ne comprends pas que des jeunes puissent étre fanatisés jusqu'à tuer. Je ne connaissais pas l'équipe de Charlie Hebdo, mais je connaissais plus ou moins le travail de quelques-uns. Et certains, je les ai connus quand mes enfants étaient jeunes (Cabu à Recrea2 avec Dorothée).

 

Je suis profondement choquée parce que les journaux, les journalistes doivent se protéger, c’est  effrayant.

Je suis triste parce que je travaille avec des musulmans et qu’ils vont en prendre plein la gueule.

Et enfin, je suis très en colère, parce que comment peut-on se faire assassiner pour des dessins ?

Alors, je les ai regardés de nouveau les dessins de Charlie Hebdo qui ne m’ont jamais trop fait marrer, j'ai regardé ceux que je n'avais jamais vu, les dessins publiés sur Internet, ceux publiés sur les réseaux sociaux. Ces caricaturistes ont continué de dessiner, malgré les menaces, malgré la fatwa qui pesait sur Charb,  pour montrer que personne ne pouvait les empêcher de faire ce qu’ils voulaient. Au nom de la liberté de la presse, au nom de la liberté d’opinion, au nom de la liberté tout court.

Pour moi, et même si je les lis pas tous, le dessin de presse, la caricature, le texte satirique, reposent sur une nécessité de réflexions, sur une volonté d’agiter les neurones et de se questionner avec un esprit critique. L’intelligence est ce que nous avons de plus précieux, elle nous permet de comprendre, non seulement les mots et les images, mais aussi ce qu’ils cachent, ce qu’ils suggèrent, ce qu’ils ne disent pas. 

J’avais envie d’exprimer, ici, et il ne s’agit pas paranoia, l’inquiétude profonde que j’ai pour l’avenir, pour la vie que nos enfants vont devoir vivre, vie de peur alors qu’on aurait envie qu’ils aient une vie d’insouciance et de quiétude.

Et je terminerai par une interrogation : la presse, les medias, les réseaux sociaux, ne dressent-ils pas l’inconscient des lecteurs, même les plus intelligents, à créer une association d’idées entre un attentat terroriste et les gamins des citées conditionnés par le milieu qui les a vus naître ?

J’écris ce texte pour moi, pour mes enfants, pour ma famille, pour nous, pour vous mes lecteurs. On ne peut pas sortir indemne de ce massacre.

Je suis humaine, je suis libre, je suis Charlie

Et nous savons maintenant que nous avons l'ardente et jouissive obligation d'être Charlie à jamais.

Mon Amoureux

Aujourd’hui Charlie je suis, parce que 17 tu es, et 1 million nous sommes…

Stéphane De Groodt

Hommage de Sempé

Hommage de Sempé

Tag(s) : #Coup de gueule