"La poésie, c'est le plus joli surnom que l'on donne à la vie".
Jacques Prévert
Résumé
La poésie m’anime, et mon amie ne s’y est pas trompée en m’offrant ce nouvel opus de Thomas Schlesser.
L’histoire se passe dans la Var. Louis, jardinier à la sensibilité à fleur de peau, un hypersensible et un chaton sans nom. Lorsque Louis apprend que ce chaton est condamné par un cancer, sa peine l’engloutit dans une mélancolie. Son monde, déjà fragile, se fissure un peu plus. À cela s’ajoute une tempête qui vient de ravager le département et laisse le jardin et la magnanerie de Thalie et Nikola en vrac. Thalie, jeune retraitée de l’enseignement, très éprise de poésies est solaire, tandis Nikola, musicien, est fantasque et introverti. Thalie demande à Louis de l’aider à rendre au jardin sa splendeur perdue. Elle apparaît alors comme une présence qui éclaire, une femme qui parle en vers comme d’autres respirent, pour qui chaque situation trouve son écho poétique. Elle va offrir à Louis un espace où déposer ce qui déborde, un espace où la poésie cesse d’être un ornement pour devenir refuge.
Mon avis
Véritable déclaration d’amour à la poésie, Le chat du jardinier est également un conte avec une série de petits miracles qui va s’opérer au fil de l’histoire…. C’est attendrissant et il faut le savourer en prenant le temps de le lire avec un regard d’enfant pour réussir à se laisser contaminer par la magie des mots. Ce serait dommage de passer à côté de ces leçons de littérature, prodiguées avec affection et tendresse, dans un décor de carte postale à l’ombre des oliviers et au chant des cigales. Ce sont donc quelques 80 poètes, de toutes les époques, plus ou moins accessibles, qui se succèdent parmi lesquels Apollinaire, Baudelaire, Goethe, Victor Hugo, Rimbaud ou Neruda. Leurs vers sont distillés tout au long de l'histoire..
Voilà donc un "conte-roman" agréable, un hymne à la poésie comme lien social, comme résilience et aide à la reconstruction de soi. Et puis un sacré rappel sur les poètes et leurs poesies...
Extraits
Un silence s’installa et Nikola, sans que son empressement à repérer son amour à l’horizon ne se dissipât tout à fait, s’extasia devant les splendeurs du Var. Il en goutait les vallonnements souples, la profusion de verdure, la verticalité dantesque des pins et la lumière pourpre, rasante, du crépuscule – cette heure où, écrit Baudelaire, « le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige ». page 87
Un poème c’est une histoire de bouche, vous savez ! on croit toujours que c’est immatériel, que ce sont des mots flottants, hors sol, dont on tire les fils. Mais un poème, pour l’aimer complétement, il faut l’avoir en bouche, il faut le sentir comme une spatialité, comme une matière suave formant un bloc de sens et de sons dans le palais et dans l’oreille ! on ne comprend rien à Mallarmé si on ne l’a pas intériorisé. Page 176
Avant de passer au fromage, Thalie et Nikola étaient convenus d’un moment solennel de dégustation : celle de l’huile d’olive maison. Louis l’avait goutée quelques semaines plus tôt, et en avait jugé l’amertume, la note piquante et la longueur en bouche extraordinaire. Mais, avec le temps passé à la cave, sa robe avant encore évoluée. Son vert d’émeraude s’était enrichi de reflets dorés et ses arômes avaient acquis la puissance presque lyrique d’un grand cru de Bordelais. Page 274
En cours de lecture
Une unique lueur ; Fred Vargas
Editions Flammarion (2026)
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