Séduire sa mère : cela prend du temps.
Résumé
J’attends toujours ce moment de la rentrée littéraire pour découvrir le nouveau Nothomb. Je l'ai lu et j'ai beaucoup aimé. Tant mieux !
Ce 33ème roman d'Amélie Nothomb débute Belgique en 1942, la guerre fait rage, Adrienne et Jacqueline vont partir passer l'été chez leurs grand-mères. Adrienne va se retrouver à Gand, chez sa grand-mère maternelle, une femme qu'elle ne connaît pas. Et, entre maltraitance et humiliation, elle va vivre l'enfer et subir en silence. Pour supporter ces deux mois terribles, elle va utiliser un mantra magique tant mieux, que sa mère utilisait pour triompher de l'adversité (page 44) et qu'elle ne comprend pas vraiment. Elle va même s'inventer un jouet, Maïzena, une poupée - cuillère en bois qui va devenir sa confidente. On va suivre Adrienne jusqu’à son mariage…
Mon avis
Lire le dernier Nothomb est à chaque fois un réel plaisir. J’aime beaucoup sa plume que je trouve incroyable. Je pense avoir lu tous ses ouvrages. Ils ne sont pas tous égaux mais j’aime son style d’écriture, sa façon d'amener le sujet, son vocabulaire et finalement ses histoires familiales.
En 2021, Amelie Nothomb a écrit Premier sang, un roman dédié à son père. Cette année, c'est à sa mère, décédée en 2024, qu'elle rend un magnifique et tendre hommage. Elle raconte son enfance sous forme de conte parfois surprenant et ubuesque avec des personnages tantôt espiègles tantôt rudes. Puis, sans transition, dans le dernier quart du livre, Amelie Nothomb prend la parole à la première personne, et on comprend qu'Adrienne, c'est sa mère à laquelle elle voue un amour total, absolument insensé. C’est un chapitre très intime, très sensible, très émouvant de sincérité. L’auteure emporte le lecteur dans ses souvenirs, dans ses souffrances, dans ses questionnements avec gravité mais également humour. L’écriture est riche, fluide, sensible, parfois déroutante et, comme dans tous ses livres, on trouve ses mots fétiches Pneu, et d’autre plus rares comme hobereau ou encore Perséphone mais je n'ai pas trouvé champagne. J’enfonce une porte ouverte en disant qu’Amelie Nothomb maitrise parfaitement la langue française.
Bref tant mieux, car j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire. Il est rempli d’humour et de sincérité. J’ai beaucoup aimé !
…j’ai fait mon coming out d’orpheline…
Extraits
Tant mieux. C’est inexpiable. Tant mieux. Tant mieux ne consistant pas à se voiler la face mais à faire triompher la vie. Tant mieux. page 109
Elle n’avait jamais reçu ce dont un enfant a le plus besoin : de la considération. C’est encore plus important que l’amour. Être regardé pour ce que l’on est, c’est cela, être considéré. Elle avait suscité le mépris de sa mère et la moitié des autres. page 159
Le silence injuste qui a entouré la mort de ma mère a rendu plus vif mon besoin d’écrire son livre à elle. J’ai voulu, tellement, l’écrire à la première personne. J’ai découvert que j’en étais incapable. Cela eut été un artifice absolu. Pourquoi ? Parce que je suis mon père, parce que je ne suis pas ma mère. page 187
Mon amour pour ma mère est de l’ordre du ravage : il n’y a pas de frein, pas de sagesse, pas d’équilibre. Notre différence absolue ne s’est jamais accompagnée d’une distance salvatrice. page 192
En cours de lecture
Le livre de Kells ; de Sorj Chalandon
Editions Grasset (2025)
/image%2F1004074%2F20250910%2Fob_5b7e01_a-nothomb.jpg)
/image%2F1004074%2F20250913%2Fob_827ce3_tant-mieux-1.jpg)
/image%2F1004074%2F20250913%2Fob_647abb_tant-mieux.jpg)
/image%2F1004074%2F20250921%2Fob_3d8d7c_tant-mieux-2.jpg)